lundi 20 avril 2015

Cœurs perdus en Méditerranée

Ils étaient comme poussés inexorablement vers le monstre de fer, emplissant de la proue à la poupe chaque espace de cet estomac rouillé.
Le retentissement du sifflet semblait comme saluer l'arrivée des proies qui s'engouffraient en lui comme s'engouffre l'eau dans les galeries d'une grotte d'où ils ne sortiraient jamais.
Avec l'espoir pour tout bagage, ils avaient la mine défaite qu'impose une vie chargée de peines et d'attentes  et les yeux trop grands de ceux qui cherchent l'horizon comme on cherche sa route par une nuit sans lune.
Le ventre du monstre arrivé à satiété, un dernier coup de sifflet donna le signal du départ  qui arrachait  à leur terre sept cents âmes. Ils quittaient les rivages Libyens ensoleillés de misère pour le salut grisâtre du ciel d’Europe.
Là bas forts de leur volonté, ils se bâtiront un avenir que leur envieraient ceux restés sur plage, observant le sillon blanc que laisse derrière lui le navire tel une voie lactée et qui promet à ceux qui l'empruntent le chemin menant vers les étoiles.
Ils avaient économisé sur leur pain et celui de leurs enfants pendant des mois, pour réunir la somme qui leurs ferait gagner la terre promise où leurs ventres vides trouveraient le miel et le lait qui apaiseraient leur faim.
Alors que le navire toussait sa fumée dans une nuit trop chaude pour ceux se trouvant à fond de cale et trop fraîche pour ceux grelottant sur le pont, le baromètre afficha ce que le marin redoute le plus.
Rien de méchant, juste un peu de vent, le passeur leur avait assuré l'avenir, tout était garanti, la traversée, la prise en charge par les autorités tout avait été prévu.
Quand le premier éclair, déchira le ciel il fut suivi d'un tonnerre qui hurla à leur oreilles comme pour les tirer du rêve vers une réalité qui serait  leur dernier cauchemar.
Là sur le pont Nicolas, serra un peu plus fort entre ses mains la barre d'un navire qu'il savait perdu.
La seule chaloupe du bateau fut mise à l'eau d'où la voix stridente de Bernard Henry lui intimait l'ordre de sauter.
Sautez, mais sautez bon sang !
Jamais, jamais il ne quitterait le navire il était de ces hommes qui sombrait avec leur équipage.
Comment pouvait il laisser à leur sort sept cents êtres humains, qui avaient mis leur confiance et leurs rêves entre ses mains.
Pourtant, alors qu'il luttait contre le déchaînement des éléments , il ferma les yeux et son esprit devint noir et tourbillonnant. Quand il les ouvrit à nouveau il put regarder pétrifié son vaisseau s'enfoncer par la poupe dans les eaux obscures de la mer.
C'était impossible il était toujours à bord, jamais il n'avait sauté.
Il ferma à nouveau les yeux quand pour la seconde fois il les ouvrit, il comprit avec horreur que l’impensable avait eu lieu. la peur lui avait joué le pire tour qui puisse être.
Il avait sauté !
Le rire moqueur du vent transporta jusqu'à la chaloupe les cris accusateurs des derniers suppliciés.
Il était le spectateur impuissant du naufrage d'un navire qui emportait avec lui son âme lestée du plomb de la culpabilité.
Il savait que désormais, il serait quoique le temps fasse, obligé un jour d'affronter une vieille et hideuse sorcière des mers.
Venue pour régler un très vieux compte et qui porterait le nom inscrit sur la coque rouillée d'un navire : BENGAZI.

mercredi 15 avril 2015

Les braves gens


"Si on n'a rien à se reprocher on n'a pas à avoir peur."
Cette phrase restera sans aucun doute dans les annales de la pensée.
C'est en filigrane ce qui se déverse actuellement dans l'imaginaire collectif pour justifier le "patriot-act" en préparation dans les cuisines de la place Beauvau.
Qu'y a- t-il de mal à laisser les autorités écouter vos conversations, épier vos correspondances et même analyser le contenu de votre carnet d'adresse ?
Votre vie dans les mains de gens à la morale aussi haute que nos hommes politiques c'est sans risques.
Imaginons donc le monde préparé par nos Big Brothers :
Oyez Oyez brave gens, nous vous avons concocté une vie modèle vous m'en direz des nouvelles.
Alors réveil 7:00 douche et immersion en douceur dans la matrice avec la Cyril Hanouna en maître de cérémonie, 10:00 décharge d'adrénaline populiste sur RMC avec les grandes Gueules.
14:00 boulot, bah oui on vous paye pas à rien foutre.
18:00 piqûre de rappel décérébrante avec le Big Deal, pour finir à 21:00 avec Master Chef.
Alors c'est t'il pas beau la vie.
Ah! mais non, vous les intellos on vous a pas oublié, 17:00 C dans l'air avec nos brillants analystes Bauer, Sfeir et Barbier.
A 21:00 LCP et l'argent du contribuable pour payer le super reportage de Caroline Fourest sur un truc qui sera la vérité vraie.
Avec ça vous pouvez pas vous tromper.
On a même prévu le petit porno mensuel sur canal ou les fesses de danses avec les stars sur TF1 pour ceux qui n'ont pas les moyens de se payer l'abonnement.
Après ça franchement, s'il vous prenait l'envie de lire du E.Todd, de regarder CSOJ de Taddei, ou d'apprendre à décrypter l'info avec Schneidermann c'est à vos risques et périls.
Ne venez pas dire qu'on ne vous avait pas prévenu.
Soit vous êtes de brave gens soit vous êtes coupables de possession illégale de cerveau.


 Vous pensez que j’exagère avec cette triste fiction mais je puis vous jurer que nous en sommes très proche.
Dans une société où les citoyens eux même réclament l'incarcération de leur vie privée cette ténébreuse perspective pourrait devenir une bien cruelle réalité.

Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l'une ni l'autre, et finit par perdre les deux."


Benjamin Franklin

dimanche 12 avril 2015

L'horloge

Entendez vous ?
Si, prêtez l'oreille, voilà c'est mieux, vous entendez ce bruit ? C'est le chant de l'inéluctabilité.
La litanie qui a commencé bien avant vous qui continuera quand les étoiles auront fini de scintiller.
Vos vies s'écrivent sur le métier à tisser du temps que nos aiguilles pointent telles des doigts accusateurs, inscrivants sur les feuillets de l'éternité les actes des commettants.
Cherchez moi, mes sœurs et moi avons toujours été dans les parages, nous sommes témoins de vos doutes, de vos espérances et sommes nées de vos mains.
Bien des yeux se sont posés sur moi, avides de pouvoir retenir la course de mes bras, mais le mouvement du balancier a toujours raison du regard porté et savez vous ce que l'inexorable décide même pour les plus valeurs ? Que chacun de vous devant moi baisse les yeux.
J'égraine les minutes à la saveur de l'éternité pour le palais de l'amoureux qui attend  le ravissement de sont cœur, et décide au grès de mes caprices de faire filer les jours à la vitesse du torrent déchaîné pour celui qui se trouve dans le couloir des condamnés.
Je suis l’impitoyable comptable de vos destinés, qui déclenche le compte à rebours quand joyeux et contemplatifs vous êtes penchés sur le berceau du nouveau né, et ne lui accorderez que le temps imparti même si les bonnes fées me supplient la faveur du délai.
Les métaux les plus durs frissonnent à l'écoute de ma voix ; si beaux et brillants soient ils, ils savent qu'ils finiront écaillés comme ces poissons d'argents pris dans les filets qu'on jette à l'océan et qui ramènent sur la rive les destinées  dont mon verdict a sonné le glas.
Aussi prenez garde à mon chant, et craignez les décrets du temps, car même dans un monde où vous me croirez disparu, le silence est une vertu qui rend audibles les battements des vivants.
Ils rythmeront ma danse macabre que bon gré mal gré vous danserez avec moi.

samedi 11 avril 2015

Le père Goriot au FN



« Goriot mettait ses filles au rang des anges, et nécessairement au-dessus de lui, le pauvre homme ! Il aimait jusqu’au mal qu’elles lui faisaient. » H.de Balzac


Il y a du Balzac dans l'actualité de ces jours.
Un de ces improbables scénarios dont seul le père de la comédie humaine avait le secret et que semble nous jouer la famille Lepen.
Mêlant le tragique au pathétique, Jean-Marie Goriot voit ses ingrates de filles lui jeter au visage son héritage honteux qui a pourtant fait leurs fortunes.
Sa rusticité n'est plus permise dans un monde ou Marine grimée en Delphine mondaine est devenue la coqueluche d'une droite nationaliste décomplexée.
Elle réussit le tour de force d'avoir à ses talons les barons de l'UMP lui disputant à grand renfort de déclarations islamophobe et anti-rom le monopole du nationalisme de salon lisse et policé.
Elle est cependant par son lourd patronyme, obligée de réaliser un numéro d'équilibriste que les déclarations nauséabondes de son père sont venues mettre en porte à faux.
Le vieux grognard aurait du se douter que l'opération de dédiabolisation entreprise par sa fille avait pour finalité la liquidation du diable lui même ; aidé en cela par sa petite fille jouant le rôle d'une Anastasie indécise.
Il est à gager que les liens filiaux, n'auront que peu de force en ces temps troubles que traverse le mouvement.
En effet la mise en examen de Frédéric Châtillon pour blanchiment d'abus de bien sociaux et l'enquête sur les emplois fictifs des attachés parlementaires européens frontistes, risquent pour le moins de pousser Marine à se débarrasser de cet encombrant tribun.
L'heure n'est plus aux joutes verbales dantesques que menait son père sur les plateaux de télé.
Le FN doit aujourd'hui rassurer et ratisser large.
Les élections régionales à venir doivent permettre au front national de s'implanter durablement dans le paysage politique français comme une alternative crédible et non pas comme le jouet de l'artisan du détail.
Le déchirement d'une famille ne laissant aucun de ses membres indemnes, il est à redouter pour les Lepen qu'un certain Florian Philippot tapis dans l'ombre sous les traits d'un Rastignac attendant son heure ne finisse par dire "A nous deux front national".




mardi 7 avril 2015

Bébé à vendre


C'est en gros le fait divers dont les médias ont fait des gorges chaudes ce matin.
Pour rappel des faits, un couple de Roms, a cédé contre huit milles euros et une BMW d'occasion sa petite fille encore nourrisson.
Si l'événement ne manque pas de tragique voir de sordide, il à attiré à sa suite la cohorte des pharisiens habituels.
Cette foule d'enragés ce succédant sur les ondes pour crier à mort sur des parents si indignes à leurs yeux, cette multitude pierre à la main prête à lapider les coupables.
Autant d'ardeur à dénoncer force l'admiration !
Appeler une antenne de radio en plein trajet ou depuis son travail pour exprimer son indignation révèle sans aucun doute d'un très haut niveau de moralité.
On se rêve à penser d'un monde ou la bonté et le pardon auraient autant de place que la Némésis vengeresse dans la morale collective.
Un monde ou bien sur l'acte est jugé mais ou les causes de cet acte seraient également sur le banc des accusés.
Qui pense qu'on puisse vendre la chair de sa chair sans avoir touché les profondeurs obscures.
La justice veut que ce couple si condamnable soit il ait un procès équitable.
Et pas d'équité sans la présence des complices.
La misère, le désespoir, les financiers de tout bord, les patrons voyous, les consommateurs sans étiques, les citoyens aveugles ont autant leur place dans le box des accusés que ce couple.
Parrainer un enfant reviens déduction fiscal faite à douze euros par mois.
Si vous êtes du nombre de ces bonnes âmes qui ont vociféré ce matin sur les ondes pour condamné ces pauvres gens et que dans le même temps vous ne soyez associés à aucunes causes pour soulager la misère de ce monde, et bien estimé le prix de votre morale.
Non inutile de l'estimé au prix de l'or ou de l'argent, cherchez plutôt dans le fond de votre poche car son prix ne dépasse pas la dizaine d'euros.
Ils en faudra d'avantage pour vous racheter.
Vous vous émouvez et vous scandalisez du sort de cette enfant quand ça ne vous coûte que le prix de l'air.
Ou est votre émotion quand vous passez la mine dégoutté devant leur camps d'infortune.
Vous êtes vous déjà arrêté pour échanger avec eux, pour leur parler comme à vos semblables qu'ils sont, hypocrite que vous êtes ?

"Pardon, miséricorde, justice, vous fermez le royaume des cieux aux autres et vous n'y entrez pas vous même.
Vous êtes comme des sépulcres blanchis, beaux à l'extérieur et plein de toutes sortes d’impuretés au dedans
Race de vipère,  comment échapperez vous au feu de la géhenne ?" JESUS sws

Mais si toutefois et je gage que vous êtes plus nombreux que ces faux vertueux, vous êtes de ces gens qui allégeaient le fardeau des plus démunis, alors de grâce gardez vous de tout jugement mais redoublé d’efforts pour bâtir un futur meilleur.

Et si ma supplication ne vous convint guère "alors que celui qui n'a jamais pêché leur jette la première pierre."

vendredi 3 avril 2015

Le royaume d'Obéron


A, alpha le commencement ; c'est la lettre que j'ai égaré.
Ne l'ayant plus, j'ai perdu mon mariage et hérité du mirage.
Le souvenir du songe d'une nuit d’été.
Nous fallait il plus qu'un peu de pain et de bien pour continuer ?
C'est quand j'ai cessé de chérir le début  que la fin est venue.
Quand lassé par les ans j'ai négligé mon propre enfant.
Celui que j'avais faire naître par une promesse et scellé par le oui coutumier.
Aujourd'hui je me suis parjuré, j'ai abdiqué.
J'ai trahi le serment!
Et tout ça pour du vent !
Pour une brise mensongère, pour des paroles de mauvaises gens.
Par le temps ! était il si dur de s'enjoindre droiture et patience ?
Nous, ne pouvait il perdurer ?
Si surement, mais je me suis enivré à l’alcool de mon ego et suis devenu sot !
Pris dans la spirale du moi j'en ai oublié le nous qui fait de deux un tout.
Dans le forêt de Puck j'ai couru et me suis essoufflé, mais par la grâce du ciel au matin me suis éveillé.
Le cauchemar a pris fin et j'ai pu voir à nouveau l'horizon débarrassé de mon ego.
Je conjuguerai dorénavant le futur à la première personne du pluriel.
Le souvenir amer de ce songe d'une nuit d'été, me rappellera pour les jours à venir que les rêves de charmes peuvent devenir maléfices.
Et que dans la forêt d'Oberon seul les ânes tournent en rond.



mercredi 1 avril 2015

Aimes tu ou t'aimes tu ?


L’amour, qu'on m'en parle et mon sang ne fait qu'un tour.
Tu connais l'amour ?
Tu aimes ? Où est ce que c'est l’œil de l'autre que tu chéris, que tu recherches ?
Parce qu’aimer en retour d'amour c'est apprécier ce qui est aimable en toi dans les yeux de ceux qui t'entourent et donc finalement ; toi même.
Pauvre narcisse tu te penches sur le reflet d'un ego et tu souffres de l'absence de  miroir à ta droite à ta gauche.
Le chien aime la main qui le nourri.
Amour pour son maître ? Non
Amour de soi,  de la nécessité impérieuse à lui exprimer qu'il est digne de lui et toujours et inexorablement amour de lui même.
L'amour est joie, sensation et retour.
Mais aussi abnégation, effort, lutte et extase.
L'amour c'est le bien, le bien fait à l'autre car il est autre.
Pas un pâle reflet de toi ou de ce que tu penses être.
L'amour c'est la mère inquiète qui veille son enfant.
Pas l'admiration de l'esthétisme artificiel.
L'amour c'est ce proche qui te dis ne prend pas froid, prend soin de toi.
Pas ceux pour qui tu n'es que la somme de ce qui leur est utile ou enviable.
L'amour c'est la beauté de la création, qui chante sur la divine mélodie de la vie.
Pas cette cacophonie insipide qui vomie des discours d'accomplissement de soi.

Sois généreux, transcendant, et courageux.
Enfin admire le beau, et à tout jamais l'amour sera ton reflet.