mercredi 8 juillet 2015

Extase et Agonie

Et voici qu'a commencé la dernière décade.
Il était arrivé discret, s'installant comme l'aurait fait un voyageur mystérieux tapant à la porte par une nuit de nouvelle lune. Qui l'acceptait sous son toit, devait savoir qui il était, et ce qu'il avait à offrir. Nulle gloire ou richesse. Mais l'extase.
Il fallait pour y parvenir affronter l'agonie, car ce n'est que dans la mort du moi que pouvait naître le nous sublime. Ainsi l'équilibre de toute chose était respecté.
Agonie des sens, c'est en tarissant la source des désirs qu'il faisait jaillir celle du bien infini.
Épreuve à la mesure de l'enjeu ; et à certain juste la faim et la soif pour prix de leur impatience.
Mais à d'autres, le mirage du paraître faisait place à une lumière venue du dedans comme une promesse de vie futur débarrassée du fardeau de l'envie.
Le privé volontaire assistait alors au ballet des suppliants apportant au temple de l’ego  les offrandes apaisants le courroux  du désespoir.
Le temps d'une chiquenaude, il n'était plus être mais esprit, se nourrissant de l'amour de l’invisible, de l'impalpable.
Il arrivait devant la lisière d'une forêt enchanteresse pour contempler le royaume de la grâce qui l'accueillerait au finir de son parcours.
L’inquiétude du manque des premiers jours, passée invariablement à celle d'être à nouveau devant l'abondance.
Nous laisserait il prisonnier des fruits de la terre ?
Il promettait qu'avec la permission du tout vivant il reviendrait à nous l'an prochain au signal de l'astre nocturne pour nous faire don à nouveau du gout de l'extase.

dimanche 5 juillet 2015

Civilisation contre Barbarie

Le soleil était déjà haut lorsque le bruit du klaxon le réveilla. Il tira sur sa couverture pour libérer son visage et regarder cette masse grouillante qui accélérait le pas dans toutes les directions. Les uns s'extirpaient de la bouche de métro suffoquant et haletant en quête d'air frais quand d'autres y pénétraient la mine résignée, contraint d'affronter la chaleur de ce royaume souterrain ou les désagréments habituels étaient exacerbés par la canicule écrasante de ces derniers jours. La ratp avait été pourtant prévoyante, elle offrait à ses usagés des rafraîchissement pour soulager la chaleur intolérable mais rien ne semblait pouvoir apaiser la souffrance des voyageurs.
Il se redressa avec difficulté pour s’asseoir et chercha à taton derrière lui la bouteille d'eau qu'un passager compatissant lui avait offert. Il fit couler au creux de sa main l'eau tiède et la passa lentement sur son visage.
Aurait il comme hier, à la faveur d'un remord fugace, la chance de voir un passant lui déposer au creux de sa casquette ce ticket restaurant salutaire ?
Il se lèverait alors et irait jusqu'au coin de la rue Lepic et du boulevard de l’hôpital pour acheter un kebab. Il épargnerait la moitié pour le soir, mais surtout il rêvait encore de cette bière fraîche de la veille ; blondeur au parfum amère qui soulage l'instant sans promesses à venir.
Déjà deux heures mais toujours rien.
La croix lumineuse de la pharmacie affichait maintenant "Jeudi 3 Juillet 14:38 39,7°".
Était ce la faim, la soif ou la chaleur mais le monde exécutait devant lui une danse enivrante qu'il tenta de commenter par des paroles, censés pour lui mais incohérentes au sortir de sa bouche.
Barbare!
Barbare!
Mais les cortèges sans fin d'incroyants lui jetèrent des regards interloqués pour les plus compatissant.
Il s'allongea à nouveau sur son carton et répéta en pleurant: barbare !
Il déborda sans s'en rendre compte sur le trottoir et les passants l'enjambèrent à la manière d'un obstacle qui barrait la route à leur destinée active.
Il regarda le ciel et continua à répéter : barbare!